"Lettre ouverte à mes amis du NPA et du PC"

Publié le par FASE 89

Nous reproduisons ci-dessous la lettre ouverte de Laurent Lévy, militant de la Fase à Ivry. Nous n'en changeons pas une virgule. La pétition à laquelle Laurent fait allusion est l'appel "Réussir le rassemblement" accessible pour signature dans la colonne de gauche de cette page.
Il s'agit là d'une initiative personnelle mais qui nous semble bien rendre compte de l'attente dans laquelle se situent tous ceux qui ne sont ni dans l'une ni dans l'autre de ces formations et qui se battent au quotidien pour l'affirmation, au premier tour des Régionales de la nécessité d'une politique qui ne soit pas simplement "d'accompagnement du capitalisme".
Elle rend compte aussi de l'état d'esprit dans lequel se situent les membres de ces formations qui ont signé l'appel "Réussir le rassemblement"
Fase 89





Compte tenu de l'urgence de la situation, je crois utile de multiplier les 

initiatives. Outre la pétition - que j'ai signée et que je diffuse - qui 

s'adresse d'abord aux appareils en train de négocier, j'ai choisi d'écrire 

aux militants du NPA et du PCF que je connais - et à d'autres intéressés par 

ces débats - en espérant que ma lettre circulera au delà de celles et ceux 

que je connais personnellement : nul inconvénient à ce que les aboné-e-s de 

ces listes la répercutent à leur façon...


LL


LETTRE OUVERTE À MES AMIS DU NPA ET DU PCF



Cher-ères ami-e-s et camarades,


C'est en tant que simple militant, extérieur à vos organisations, que je m'adresse 

à vous.


La consultation des adhérentes et adhérents de vos partis sur les élections 

régionales est ouverte. Parce que les choix que vous allez faire engagent, 

bien au delà de vos rangs, l'ensemble de celles et ceux qui veulent 

contribuer, à la fois à combattre les politiques sarkoziennes et à disputer 

au parti socialiste son hégémonie sur « la gauche », il ne m'apparaît pas 

inconvenant que ces débats soient publics. Ce n'est pas seulement, ce n'est 

pas d'abord de vos partis qu'il est question, mais de la gauche radicale 

dans son ensemble.


Le projet de réforme des collectivités territoriales annoncé par Nicolas 

Sarkozy est tel que c'est peut-être la dernière fois que nous avons l'occasion 

d'utiliser le minimum démocratique que représente l'existence d'un scrutin 

de liste à l'occasion de ces élections ; il est en effet envisagé que les 

prochains « conseillers territoriaux » soient élus sur la base de scrutins 

uninominaux à un tour, organisés par cantons : un mode de scrutin dont la 

vocation est de laminer, dans les conseils généraux et régionaux, tout 

courant politique extérieurs au face à face du parti socialiste et de l'UMP.


Allons nous perdre cette occasion de manifester notre opposition au 

libéralisme brutal et au social-libéralisme, au pouvoir absolu et sans 

limite des tenants du système capitaliste ?


La gauche radicale a plusieurs visages, elle se divise en plusieurs courants 

entre lesquels existent des contentieux historiques, des désaccords et des 

malentendus, en plusieurs traditions longtemps séparées pour le plus grand 

profit de l'ordre dominant. Il n'est pas question ici pour moi de trancher 

sur la teneur de ces malentendus et de ces désaccords, de donner un 

satisfecit à tel courant ou à telle tradition. Non que ces débats soient 

sans intérêt, mais il sera toujours temps de les tenir demain ; et je 

préfère qu'ils aient lieu à l'issue d'un succès unitaire plutôt qu'à l'issue 

d'une défaite historique qui pourrait nous enfermer dans une longue période 

de reflux et d'isolement.


À chacune et chacun, il importe de prendre la mesure des avancées de notre 

situation commune. Alors qu'en 2004, le PCF avait dans 17 régions 

métropolitaines sur 21, choisi au premier tour une alliance de type « gauche 

plurielle » avec le parti socialiste, c'est dans un rapport inverse que les 

prochaines régionales pourraient bien se présenter. Alors que la LCR avait 

alors fait le choix d'une alliance sectaire avec Lutte Ouvrière, le NPA 

propose aujourd'hui da larges alliances, rassemblant l'essentiel de l'arc 

politique à la gauche du parti socialiste. Sur ce principe, comme le NPA, le 

PCF, le PG, les Alternatifs, la Fédération, le Forum Social des Quartiers 

Populaires, le PCOF, et nombre de militant-e-s engagées dans divers 

mouvements sociaux sont prêts à s'engager. Cela ne va pas sans concessions 

réciproques, et la question, pour chacune et pour chacun, est de déterminer 

jusqu'où peuvent aller ces concessions, au regard de l'enjeu décisif devant 

lequel nous nous trouvons.


Après de longues discussions, menées tant aux plans local que national, la 

seule hypothèque qui plane sur la possibilité d'un accord pour une grande 

campagne unitaire et dynamique doit pouvoir être levée. Il est clair qu'il 

ne s'agit pas d'un point mineur, mais d'un point qui engage la conception 

que chaque organisation se fait des voies de l'action politique 

institutionnelle. Elle a été posée sous la forme suivante : les élu-e-s de 

la gauche radicale, s'ils se trouvent en minorité dans des majorités de 

gauche, derrière le bloc que constitueraient le parti socialiste et Europe 

Écologie, doivent ils accepter - et même revendiquer - de participer aux 

exécutifs régionaux, ou doivent-ils au contraire se mettre d'emblée en 

situation d'opposition ?


La fidélité aux engagements pris devant les électrices et les électeurs à l'occasion 

du premier tour me semble être un impératif indiscutable. Nous avons toutes 

et tous le souvenir cuisant du gouvernement de la « gauche plurielle », 

entre 1997 et 2002, et de la catastrophe politique qui a pu en résulter, de 

la démobilisation politique qui s'en est suivie. En renonçant aux objectifs 

politiques qu'il avait proclamés, en faisant preuve dans le gouvernement 

Jospin d'une solidarité gouvernementale et législative sans faille, le PCF a 

largement contribué à cette démobilisation. Les militant-e-s du parti 

communiste le savent bien, et dans leur grande masse, ils en ont retenu la 

leçon : ils n'envisagent pas de retomber dans la même ornière. Pour autant, 

ils n'estiment pas par principe impossible de faire progresser des 

politiques de ruptures par une participation aux exécutifs régionaux qui 

serait soutenue par le mouvement social. Ils entendent prendre leurs 

responsabilités, dès lors qu'ils sollicitent les suffrages des électeurs, 

pour faire effectivement avancer les propositions qu'ils auront faites lors 

de la campagne.


Dans le NPA, issu de diverses traditions anticapitalistes, nombreux sont 

celles et ceux qui s'interrogent, qui craignent les compromissions de leurs 

partenaires, et qui veulent éviter de nouvelles désillusions. Ils veulent 

que leurs élus conservent toute leur indépendance à l'égard du parti 

socialiste et plus généralement de la « gauche » d'aménagement du système. 

Je partage cette crainte, tant il est vrai que chat échaudé craint l'eau 

froide, et que nous avons été suffisamment échaudés comme ça.


Cette crainte suffit-elle à faire le choix d'une division mortifère pour l'ensemble 

de la gauche radicale ? Je ne le crois pas. Il faut donner une chance à l'unité 

; ceux qui la trahiraient, par exemple en acceptant des compromissions 

inadmissibles, en supporteraient les conséquences politiques.


Nous devons aller unis aux élections régionales. Nos candidat-e-s doivent 

affirmer clairement que leur engagement auprès des électrices et des 

électeurs sera celui qui aura été pris à l'occasion du premier tour ; que 

toute participation aux exécutifs ne pourra avoir d'autre but que de faire 

avancer les politiques pour lesquelles les listes d'union du premier tour 

auront été constituées. La politique d'un conseil régional n'est d'ailleurs 

pas tout d'un bloc, même si elle a une cohérence globale. Il sera toujours 

possible de soutenir certaines mesures, et de s'opposer à d'autres, avec le 

soutien du mouvement social. Aucun lieu, aucune fonction n'est incompatible 

avec cette attitude. Si l'histoire, en France comme à l'étranger, montre les 

conséquences désastreuses des compromissions et des abandons, l'expérience 

montre aussi que des élus peuvent participer à des exécutifs sans perdre 

leur âme, sans trahir celles et ceux qui leur ont fait confiance.


En outre, des listes unitaires garantiraient la présence dans les conseils 

régionaux de tout l'arc de la gauche radicale ; en cas de désaccords 

ultérieurs, chacun-e resterait libre de ses positionnements : il serait 

toujours temps de faire le point, de faire les comptes, et de laisser la 

masse de celles et de ceux qui aspirent à de vrais changements juger sur 

pièces. L'unité ne signifie pas l'abandon des débats nécessaires pour faire 

bouger les lignes et les rapports de forces à l'intérieur même de la gauche 

radicale. Elle est par contre une condition pour faire bouger les lignes et 

les rapports de forces entre la gauche d'adaptation et la gauche de 

transformation, d'une part, entre la gauche et la droite d'autre part.


Les victimes du système, les précaires, les chômeurs, les discriminés, les 

salariés dont l'emploi est menacé, les femmes, les usagers de services 

publics en danger, les travailleurs soumis à des conditions de travail qui 

les poussent parfois au suicide, les mal logés, mal lotis, mal nourris, 

maltraités par les politiques au service du capital ont besoin de pouvoir s'exprimer 

d'une voix claire. L'éparpillement des forces de changement est leur pire 

crainte, et une cause bien plus importante de démobilisation politique et de 

désillusion que l'attitude que tel ou tel élu, tel ou tel courant d'un large 

rassemblement pourrait adopter - à ses risques et périls - une fois les 

élections passées.


Vous avez, dans la consultation des adhérent-e-s engagée par vos partis, la 

possibilité de décider de l'unité ou de la division. Je crois exprimer un 

sentiment très largement partagé en vous demandant de manière solennelle de 

ne pas faire le choix de la défaite et de la démobilisation, mais celui de 

la dynamique unitaire. Il faudra prendre soin de gérer cette dynamique pour 

lui éviter les ornières qui ne manqueront pas de se présenter. Mais ce n'est 

pas en y mettant fin avant qu'elle ne soit réalisée que vous oeuvrerez dans 

ce sens. Vous n'êtes pas propriétaires de la politique. Je regrette que les 

structures de la politique vous donnent ce pouvoir immense de décider à la 

place des intéressé-e-s si oui ou non ils et elles pourront s'exprimer à l'occasion 

de ce scrutin pour dire : « Nous voulons combattre le régime de Sarkozy, 

nous ne faisons pas confiance pour cela au parti socialiste, nous voulons 

agir dans l'unité de toutes celles et de tous ceux qui, au delà de leurs 

différences ou de leurs divergences veulent aujourd'hui la même chose ».


Refuser l'unité aujourd'hui, à cause de possibles désaccords ultérieurs, c'est 

trahir celles et ceux qui attendent de nous que nous soyons parmi eux, dans 

leurs combats quotidiens, et que nous les considérions comme les véritables 

acteurs et actrices de la vie politique. Ce que je vous demande, c'est de ne 

pas commettre cette trahison. La balle est dans votre camp.


Laurent Lévy, Ivry-sur-Seine.



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